Les paradoxes du TGV

Écrit par Romuald Pagnucco.

Le 1er paradoxe est la date de mise en service du TGV ! Avoir le TGV quelques années après Bordeaux va peut-être tuer Mérignac et développer Blagnac, l'arrivée tardive du train est une chance pour notre aéroport !

Oui Bordeaux va avoir son TGV, oui Toulouse va avoir son TGV, mais les mises en services ne vont pas produire les mêmes effets ! Pourquoi ? Parce qu'à terme Bordeaux va être à 2 heures de Paris et Toulouse à 3 heures, à une nuance près qu'au départ Toulouse ne sera pas à 3 mais 4 heures de Paris.
Vous allez me dire quel est le rapport avec l'aéroport ? Il est simple, plus le trajet est cours en train et moins les passagers prennent l'avion.

part marché train avionSource

Donc si on reprend les chiffres des études, Bordeaux avec 2 heures de trajet va avoir 90% des passagers qui vont choisir le train. On peut imaginer que Mérignac va souffrir et vu le manque d'activité imposé à l'aéroport, ne resteront que les compagnies lowcosts et charters.
Au contraire Toulouse va être (dans un premier temps) à 4 heures, ce qui va maintenir encore 50-60% des passagers à l'aéroport et va encore consolider Blagnac comme plus grand aéroport d'un très grand Sud-Ouest. Et ça les compagnies aériennes y sont très attentives ! Pourquoi ne pas imaginer Toulouse-Blagnac comme l'un des 3 grands aéroports internationaux du Sud avec Lyon et Nice (Marseille étant pour moi spécifique aux seuls marchés méditerranéens et africains) ratissant les passagers de Bordeaux à Montpellier ?

Sacré coup de force que de transformer un retard d'équipement en stratégie de développement, non ?
Seuls une gare efficace couplée à un aéroport fort pourront nous permettre de développer une économie ne reposant pas seulement sur Airbus, exemple le futur quartier d'affaires Euro Sud-Ouest.
Ne penser qu'au train et Paris nous mènera à la médiocrité.

L'autre paradoxe est la distance incompressible avec Paris, quoi qu'on dise quoi qu'on fasse Toulouse sera toujours plus éloignée de Paris que le sont Lille, Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Nantes, Rennes, Bruxelles, Londres ... donc quoi qu'il arrive notre chère ville ne sera jamais la principale partenaire de Paris, même si les échanges entre les deux villes sont et seront importants et indispensables.
On a tout intérêt à analyser à quelle distance nous sommes d'autres partenaires !? Barcelone, Madrid, Milan. Il nous faut intégrer que de se sentir plus près de Paris, nous ramène aussi plus près des autres métropoles européennes car le TGV progresse partout.
Nous devons arrêter de tout faire en regardant Paris, soyons ambitieux et choisissons une stratégie globale nationale et européenne. D'ici 20 ou 30 ans on se sentira peut-être économiquement aussi proche d'un Paris que d'un Barcelone.

Notre faiblesse de distance avec Paris, doit nous permettre d'être fort en nous diversifiant à l'international !

Donc voilà, j'entends tout le monde se féliciter de l'arrivée du TGV, mais combien se projettent dans la future réalité de façon globale ? Surfer sur les points positifs ok, mais transformer les points négatifs en atout de demain c'est ce qui fera de nous des toulousains d'avenir.

Romuald Pagnucco